Parité

 

Voici mon deuxième article réalisé de le cadre de ma télépréparation à l'ESJ Lille. Limité à 1500 mots, cet essai traite de la Journée mondiale de la femme qui s'est déroulée le 8 Mars dernier. Je dois avouer mon embarras premier pour trouver un angle d'attaque pertinent à la question posée précisément en ces termes "La journée mondiale de la femme, pour quoi faire?". J'ai alors choisi de faire un rapide tour d'horizon des inégalités à travers l'exposé de chiffres tirés d'études de l'INSEE et de l'ONU avant de développer une partie plus personnelle et peut-être un peu plus confuse je m'en excuse par avance, mais c'est en écrivant que l'on se forme !

" Célébrée le 8 Mars, la journée internationale de la femme a été officialisée par les Nations Unies en 1977. Elle fait depuis cette date partie des 87 journées internationales reconnues par l’ONU aux côtés des plus célèbres, telles que la journée internationale des droits de l’homme ou encore de la journée mondiale contre la torture. En France la journée internationale de la femme est avant toute chose l’occasion de faire un point sur la question de la parité entre hommes et femmes notamment dans le domaine de l’emploi mais également plus largement au sein de la société. Cette réflexion s’inscrit alors dans un effort et une volonté de débarrasser la France de ses carcans patriarcaux et de ne pas penser l’égalité homme/femme comme déjà acquise. Si depuis les années 1990 la place de la femme dans le monde du travail notamment ne cesse de s’étendre, avec selon les chiffre de l’INSEE 30% de femmes cadres d’état-major en 2007 contre seulement 14% en 1999, il n’en demeure pas moins qu’un certain nombre d’inégalités sont encore bien présentes. En ce qui concerne notamment le taux d’activité des femmes, celui-ci n’est que de 79,5% contre 92,4% pour les hommes avec une nette prévalence féminine dans l’attribution des emplois partiels avec 23,4% contre seulement 3,8% chez les hommes. A la lecture de ses chiffres, il est alors possible de penser que dans le domaine de l’emploi, les femmes sont alors toujours un peu plus sans activités autres que celles du foyer et que lorsque celles-ci travaillent ce n’est que pour apporter une aide financière modeste complémentaire. Si la place de la femme au sein de la société peut s’interroger à travers leur participation à l’économie globale, il n’en demeure pas moins qu’un tout autre domaine peut également questionner l’inégalité des rapports hommes/femmes, celui de la violence. Si selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONRDP) estime qu'en France, une femme décède tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, la situation mondiale semble encore plus alarmante. En effet, d’après une étude de l’ONU paru dans le Monde à l’occasion de la journée internationale de la femme, les violences faites aux femmes seraient la violation des droits de la personne humaine la plus répandue sur la planète avec notamment sept femmes sur dix dans le monde déclarant avoir subi des violences sexuelles ou physiques au cours de leur vie. Il convient à cet égard de ne pas oublier le terme d’ « international » dans l’intitulé de la journée de la femme, en ce que ces questions, de parité, d’égalité, de respect dépassent largement les frontières. Ainsi, si la France peut faire figure de bonne élève dans le domaine de la parité au travail avec en 2010 47,7% de femmes dans la population active alors que la moyenne européenne s’établie à 45,3% toujours suivant les chiffres de l’INSEE, il reste qu'au niveau mondial, la femme est encore peu considérée dans le monde du travail, notamment dans nombre de pays arabo-musulmans pour des questions religieuses.

Il n’est pas question ici d’interroger la relation entre religion et droits des femmes ainsi que leurs oppositions parfois évidentes,  mais bel et bien de rappeler l’intérêt d’une journée internationale de la femme. Or si nombre de personnes peuvent remettre en question cet intérêt en soulignant le fait même qu’établir une journée de la femme, c’est d’ores et déjà stigmatiser cette partie de la population, des évènements marquants sont souvent présents dans les médias pour rappeler que bien souvent les femmes sont déjà stigmatisées au jour le jour en tant que victimes potentielles à travers le monde. Un évènement récent qui a suscité l’émoi de tout un pays et plus largement celui de la conscience internationale et certainement celui qui illustre mieux la vision de la femme en tant que victime toute désignée d’agression est certainement le viol de cette étudiante de 23 ans en Inde dans un bus de New Dehli. Véritable scandale de société, cette affaire a permis à l’Inde d’ouvrir les yeux pour la première fois sur l’importance des violences commises envers sa population féminine et le ras-le-bol général des indiens et indiennes face à ce fléau. Bien évidemment, la lutte contre les discriminations et les violences perpétrées envers les femmes doit dépasser le cadre de cette unique journée de mobilisation, car si des progrès en ce domaine sont certes enregistrés, il convient de rappeler que la situation se doit d’être encore améliorée au niveau mondial afin que les comportements misogynes, les viols, les stigmatisations et toutes sortes de vexations faites aux femmes ne cessent de diminuer. Si l’effort doit être soutenu, l’intérêt de la journée internationale de la femme est alors de toucher les consciences par le biais de la dénonciation de faits actuels inacceptables. Dans la lignée des chiffres chocs, l’ONU estime notamment qu’« Une femme sur cinq dans le monde sera victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie, une menace plus importante pour les 14-55 ans que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis. ».

 Mais ici un fait essentiel se dévoile, afin que les violences cessent il faut tout d’abord qu’elles soient dénoncées or il est établi d’après les chiffres de l’ONU toujours, que 55 à 95% des femmes ayant subi des violences conjugales n’ont jamais contacté la police ou tout autre forme d’aide extérieure. Alors concrètement et pour aller plus loin dans la réflexion sur le « pourquoi faire » d’une journée de la femme, il semble nécessaire de souligner le fait que s’il n’est pas aisé d’être femme au jour le jour, suivant la phrase de Simone de Beauvoir qu’« on ne naît pas femme mais on le devient », il est certainement beaucoup plus difficile d’être une femme victime de violence, de harcèlement ou d’injustice. Ainsi, s’il ne semble pas y avoir de mode d’emploi pour « être une femme » il ne semble pas en y avoir non plus pour « être une victime » et c’est peut-être fondamentalement ici, en invitant à dépasser le stricte cadre des données chiffrées que la journée internationale de la femme prend tout son sens. Peut-être plutôt que de se borner à offrir une rose à sa compagne, ou généralement de faire plus attention à être galant l’homme ne devrait-il pas ré-interroger l’idée qu’il se fait de la femme, la femme quant à elle, plutôt que de s’accaparer l’esprit en questionnant ses relations avec les hommes, ne devrait-elle pas penser avant tout à elle ? En matière de politique, si le 8 Mars a été l’occasion pour François Hollande de souligner son engagement pour la parité et l’amélioration du droit des femmes en général, peut-être serait-il bon également d’élargir la réflexion en proposant une réévaluation de la position de la femme au sein de la société en général et d’affirmer une campagne de sensibilisation de fond sur cette question. Elle pourrait passer notamment par l’école, la modernisation des programmes scolaires pourrait en effet faire état de ces questions de parité mais plus généralement mettre en avant les figures historiques féminines.  De façon anecdotique, le souvenir d’un élève moyen du collège et du lycée se portera essentiellement aujourd’hui sur des grandes figures masculines, de Vercingétorix à De Gaulle pour autant il existe nombre de personnages féminins historiques de tout premier ordre, d’Anne Joseph de Méricourt à Marie Curie l’histoire de France est composées de femmes fortes ayant contribué tout autant que les hommes à la construction du pays et il en va bien entendu de même pour le monde entier. A cet égard, la mairie de Paris s’est inspirée d’une action féministe qui s’était attaquée aux noms des rues et places, bien trop souvent masculines, leur ré-attribuant alors de façon officieuse des noms de hautes personnalités féminines. En effet le 8 Mars, douze nouvelles plaques commémoratives cette fois-ci officielles ont été posées en l’honneur de femmes françaises importantes à l’image de Danielle Mitterrand ou encore Annie Girardot, initiative symbolique mais durable et qui se doit d’être félicitée. Car malgré son apparente simplicité, ce type d’action vise à généraliser la présence de ces icônes féminines dans le quotidien des citoyens, icônes qui sont autant de ressources pour montrer et rappeler aux femmes que malgré les inégalités dont elles peuvent souffrir, elles n’en demeurent pas moins fortes, et redonner confiance aux femmes brisées, c’est peut-être également un peu cela, la journée internationale de la femme."