RTX8MH6Bernard Tapie à l’Assemblée nationale le 10 septembre 2008 (Benoit Tessier/Reuters)

 

Bernard Tapie né le 26 Janvier 1943 est certainement l’homme d’affaire français qui a fait couler le plus d’encre au sein des différents médias notamment depuis l’affaire Adidas/Crédit Lyonnais en 1992. Si après des années de traversée du désert entre 1992 et 2008, où Bernard Tapie, en situation de faillite personnelle ne peut plus exercer d’activités « d’affaires » et est inéligible politiquement, en profite pour se reconvertir dans le cinéma et le théâtre, il est aujourd’hui connu comme le dirigeant du quotidien La Provence depuis fin 2012.

Ce rapide tour d’horizon du parcours personnel exercé par Bernard Tapie permet certes de la qualifier d’homme entreprenant, de réseau mais également aux profils multiples. Pour autant ces derniers jours, son nom est à nouveau évoqué au-devant de la  scène publique et politique concernant l’arbitrage qui a été rendu dans l’affaire Adidas/Crédit Lyonnais  en 2008, Bernard Tapie n’en aura-t-il jamais fini avec les enquêtes judiciaires ? Revenons sur les affaires passées et résumons la situation.

S’il est parfois difficile d’établir un tableau exhaustif et de comprendre dans le fond les rouages des affaires de malversations ou autres trafics d’intérêts, « Le Canard enchaîné » daté du Mercredi 12 Juin 2013 au sein d’un article intitulé « Et 4 millions de mieux pour Tapie ! » résume assez bien la situation. Tout au long de sa vie d’affairiste, Bernard Tapie a été au cœur de trois affaires dont deux très médiatisées et liées, celle d’Adidas/Crédit Lyonnais puis la faillite de l’Olympique de Marseille.  Pour comprendre l’implication de Bernard Tapie dans ces différentes situations il convient de connaître sa façon de procéder au sein des entreprises. Tout d’abord, il rachète des sociétés en faillite, se porte garant pour leurs dettes, restructure et réduit les coûts des dites sociétés (en passant notamment par de nombreux licenciements) puis cherche à étendre les débouchés de ces sociétés « assainies » afin de retrouver du profit.  Une méthode « Tapie » très entreprenante mais risquée comme en témoigne la faillite de l’Olympique de Marseille, endetté à hauteur de 105 millions de Francs à l’arrivée de Tapie puis de 407 millions (environ 62 millions d’euros) à son départ forcé suite à des accusations de corruption.

Ce qui est assez frappant est alors l’habileté avec laquelle Bernard Tapie engrange les sommes sans avoir à répondre de quoi que ce soit concernant ces dettes accumulées.  C’est ici qu’un résumé peut-être dressé assez clairement. Dans l’affaire Adidas l’homme d’affaire avait d’ores et déjà obtenu 403 millions d’euros en 1993 en attaquant le Crédit Lyonnais qui avait racheté la société par le biais de sociétés off-shore pour obtenir le maximum de plus-value sur la vente, c’est aujourd’hui cet arbitrage en faveur de Bernard Tapie qui est remis en question faisant scandale car impliquant Christine Lagarde à cette époque Ministre de l’économie et son ancien directeur de cabinet Stéphane Richard actuel dirigeant d’Orange.  A ces 403 millions s’ajoutent alors comme le dévoile « Le Canard » 3,8 millions d’euros réclamés par l’URSAFF (Unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales) donc d’argent publique qui s’effacent de la dette de Tapie dans l’affaire de l’Olympique de Marseille car « L’Urssaf a commis une énorme bourde : elle a oublié de confirmer, dans le délai d’un an, comme la loi l’exige, l’inscription de sa créance auprès du liquidateur ». Mais ce n’est pas tout et c’est peut-être ici que la valse des chiffres donne le tournis.  En 1994, Tapie avait d’ores et déjà pour des raisons similaires fait effacer de sa dette de 163 millions d’euros envers le Crédit Lyonnais  près de 100 millions d’euros en jouant sur l’oubli de réclamation des intérêts moratoires de la part de la SDBO, filiale du Lyonnais qui avait financé l’achat d’Adidas. Résultat, c’est près de 107 millions d’euros qui reviennent à Bernard Tapie. A cela s’ajoute pour terminer, le rachat en 1995 de Tapie Finances par la CDR (l’organisme public chargé des placements et dettes du crédit Lyonnais) pour 76 millions alors que Tapie est en faillite et que le groupe ne vaut plus rien. Petite cerise sur le gâteau et toujours oubli de ce fameux délais d’inscription des créances, « Le Canard » souligne que Bernard Tapie aurait bénéficié en 2009 d’un chèque de 21,5 millions toujours de la part de l’URSSAF concernant des impayés d’impôts sur le revenu, sur les sociétés pour lesquels Tapie ne payera finalement rien et qui viendront même arrondir son pécule déjà bien gonflé.

Ainsi comme le souligne ironiquement « Le Canard » c’est « Au total, sur les quelques 300 millions d’euros qui vont rester à Tapie, les deux tiers – environ 200 millions d’euros – proviennent des maladresses, négligences et oublis de ses créanciers publics. Et auraient donc normalement dû réintégrer les caisses de l'Etat. » . Bien évidemment avec une dette publique actuelle de 1788 milliards (soit 89,1% du PIB) ces quelques 200 millions d’euros qui s’envolent directement dans les poches de Tapie peuvent sembler anecdotiques, pour autant ce que pose plus largement cet article c’est la question de la gestion des fonds publics avec la réelle impression que toutes ces bévues semblent normales et passer à la trappe auprès de l’opinion. On peut également s’étonner de la « chance » de Bernard Tapie dans ces différentes affaires et s’interroger comme en transparence sur les éventuelles convergences d’intérêts plus ou moins licites entre le monde des affaires et la politique. Si le gouvernement de François Hollande semble vouloir faire la lumière à propos des conflits d’intérêts et différentes associations illicites ayant eu lieu autour de l’arbitrage en faveur de Bernard Tapie dans l’affaire Adidas/Crédit Lyonnais, le doute vient bien vite planer sur la possibilité qu’un jour une partie de ces fonds retournent dans les caisses de l’état…  En tout cas une chose est belle et bien sûre c’est que Tapie ne s’est pas trompé lorsqu’il s’est exclamé au soir de l’élection de Nicolas Sarkozy « Ca y est, j'ai les sous ! » comme le dévoile un article de  LaTribune.fr  daté du 13 Juin…