AmishUne famille d'Amish (naturalrevolution.org)

 

Voici un article préparé dans le cadre du concours Le Monde Académie, le but étant de créer deux contenus originaux sur un thème non-abordé dans les pages du quotidien. J'ai donc choisi les communautés autarciques, histoire de sortir un peu des analyses sociales classiques et rebattues. Mon premier contenu sous forme d'article était limité à 5 000 caractères espaces compris, ce qui m'a obligé à diminuer mes attentes et envies comme de parler notamment des nouvelles communautés basées sur la décroissance par exemple (de plus j'aurais dû mettre en place une recherche plus poussée en très peu de temps...) et de développer mon analyse sur les "nations autarciques". Finalement moins original en substance que prévu mais rendu en temps et en heure je vous souhaite une bonne lecture !

"Si la fin du monde prévue en Décembre dernier a fait couler beaucoup d’encre dans les médias à défaut d’une pluie de météorite, elle aura permis au grand public de découvrir l’existence des « survivalistes » ces individus préparés à la fin du monde ayant investi dans du matériel et des vivres afin de pouvoir vivre en totale autarcie. Cette volonté de survivre à n’importe quel prix peut sembler aux antipodes de tous les idéaux éthiques et philosophiques comme le suggère l’écrivain Fernando Pessoa « Dans la solitude « je » ne suis personne » qui souhaiterait en effet vivre seul pour le restant de sa vie conscient d’être le dernier être sur terre ? Si cette volonté de vie en autarcie pose la question de la survie mentale d’un tel individu isolé, le principe de l’autarcie dans sa définition stricte se perçoit sous un prisme essentiellement communautaire. C’est avant tout un système économique d’un territoire, d’une région ou d’un état habité par des acteurs qui peuvent subvenir à leurs besoins et vivre seulement de leurs propres ressources. Ce principe d’autosuffisance peut laisser songeur dans nos sociétés actuelles où les frontières sont grandes ouvertes aux échanges commerciaux de tous types et où les biens circulent en flux continus d’un point à l’autre du globe. Pour autant que ce rêve autarcique puisse sembler désuet aujourd’hui, nombreux sont ceux, qui ont souhaité faire cette expérience ou qui aujourd’hui encore vivent ainsi… Car malgré le culte des échanges mondialisés et de l’ouverture globale certaines communautés persistent dans ce mode de vie autarcique. Elles sont souvent mal définies ou peu connues et méritent d’être étudiées de plus près pour comprendre les tenants et les aboutissants du principe de l’autarcie.

La communauté vivant en autarcie quasi-complète la plus connue est celle des Amish. Fondée au XVIIème siècle, la communauté des Amish est installée essentiellement aux Etats-Unis et au Canada, ils sont environs 227 000 à vivre selon des principes religieux stricts issus du Nouveau Testament en communautés indépendantes les unes des autres. Leurs vies sont rythmées par les travaux des champs et par l’artisanat, complètement en dehors du système étatique américain ou canadien, ils n’ont ni sécurité sociale ni cotisation pour leur retraite, ne votent pas et ne participent pas au service militaire. Ils n’usent d’aucune énergie industrielle telle que l’électricité ou l’essence, se déplaçant généralement à cheval et s’éclairant à la bougie. Au côté des Amish, une autre communauté vivant sur le principe de l’autarcie existe également mais est certainement moins connue bien que beaucoup plus représentée à travers le monde, il s’agit des Mennonites. Issus de la réforme protestante du XVIème siècle et fondée par Menno Simons, le mennonitisme est une confession chrétienne qui refuse le baptême, l’usage des armes et par conséquent le service militaire et pour beaucoup le progrès technique. Ils seraient 1 300 000 à travers le monde, aux Etats-Unis, Amérique du Sud, Afrique, Europe et Russie à vivre ainsi du fruit de leurs labeurs d’une façon similaire aux Amish. L’autarcie ne serait donc l’apanage que de groupes religieux austères ? Pas seulement, elle peut être également un modèle fédérateur pour des groupes soudés autour d’un principe politique, notamment du socialisme associatif comme au sein des communautés du Kibboutz en Israël. Le Kibboutz issu de l’hébreux Kibboutzim signifiant « assemblée » est une forme de village collectiviste dont le premier nommé « Degania » fut fondé en 1909. A l’origine destinée à l’implantation des populations juive en terre d’Israël, les Kibboutz sont encore relativement présents dans la vie économique israélienne puisqu’ils représentent en 2010 10% de la production industrielle, 40% de la production agricole et 6% du produit intérieur brut (P.I.B) pour 269 communautés au total rassemblant environ 120 000 personnes (soit 1,8% de la population israélienne). La propriété privée étant abolie à l’intérieur des Kibboutz, son mode de vie axé sur le partage est pour beaucoup encore aujourd’hui le dernier symbole de l’idéal de vie autarcique et communautaire.

L’autarcie semblerait donc viable mais qu’en est-il au niveau national ? Faire vivre une communauté n’est certainement pas du même ressort que de faire vivre un pays tout entier sur ses propres ressources, les besoins et demandes sont beaucoup plus larges et variées. L’histoire passée et présente montre des exemples de pays ayant fait le choix d’une économie autarcique : l’Albanie de 1946 à 1991, Cuba jusqu’aux années 2000, la Chine de Mao Zedong et la Corée du Nord dernier pays fermé vivant en autarcie bien que de plus en plus ouvert vers la Chine. Tous ces pays ont un point commun, ils font tous écho à une forme de totalitarisme, l’autarcie ne pouvant être maintenue que par des biais idéologiques et le relais d’un homme fort au gouvernement, la figure du dictateur qu’il se nomme Enver Hoxha, Fidel Castro, Mao Zedong ou Kim Jong Un…"

Mon deuxième contenu est une "carte interactive" figurant ces communautés autarciques à travers le monde avec des informations supplémentaires et notamment la constitution de graphiques concernant la balance commerciale de chacun des pays autarciques faits par mes soins, calculs compris! Encore une fois, ne sachant comment coder en Javascript et manquant de temps, cette carte a un aspect beaucoup plus simpliste que ce que j'aurais aimé rendre, vous pouvez la télécharger en cliquant ici : Carte des communautés autarciques