Made_in_Germany

L’Allemagne est régulièrement présentée comme un modèle de réussite européen tant au niveau économique que concernant son marché du travail. Les derniers chiffres disponibles à propos de l’économie allemande semblent confirmer cette victoire du pays sur la crise, sa balance commerciale est excédentaire, son PIB est resté stable depuis 2008 quant au taux de chômage, il est le plus bas d’Europe. Quel est le secret du modèle allemand ?

Les raisons du succès

Jérôme Tubiana, directeur de la veille et prospective sociale du groupe Danone, à travers sa lecture de l’ouvrage de Guillaume Duval Made in Germany[1] daté de 2013 dégage trois thèses principales pouvant expliquer la réussite du modèle allemand[2]. La première raison avancée est à proprement parler structurelle, l’Allemagne profiterait d’une décentralisation efficace lui permettant « de disposer partout d’un capital financier et humain » favorisant le développement des entreprises dans tout le pays. Ces mêmes entreprises orientées vers la cogestion forment une base solide de l’économie allemande tout en valorisant leurs employés et facilitant l’insertion des plus jeunes à travers l’apprentissage. Parallèlement, l’Allemagne aurait également bénéficié d’une conjoncture favorable dans les années 2000. Le vieillissement de sa population impliquant de nombreux départs en retraite expliquerait ainsi en partie la baisse du taux de chômage. La réunification du pays et sa proximité avec les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO), dont une grande partie sont aujourd’hui membres de l’Union Européenne, ont été autant d’éléments favorables à l’industrie allemande. Elle s’est dans un premier temps développée en Allemagne de l’Est avant de s’implanter facilement dans ses pays voisins aux coûts de main d’œuvre réduits lui assurant une nette amélioration en termes de compétitivité/coût de production. Jérôme Tubiana défend également l’idée, à l’inverse de Guillaume Duval, que l’assainissement économique mis en place par le chancelier Schröder en 2003 grâce à « l’Agenda 2010 » contenant de nombreuses réformes économiques d’austérité n’est pas à exclure de la recette du succès allemand d’aujourd’hui. En retrouvant une santé financière solide, l’Allemagne a pu affronter plus sereinement la crise économique.

L’envers du décor

Si le modèle allemand semble aujourd’hui très performant au niveau économique, il souffre côté social d’une dégradation notable. Les réformes initiées par « l’Agenda 2010 » ont réduit le montant des pensions, l’âge minimal de départ à la retraite va être relevé, de 63 ans aujourd’hui, à 65 ans d’ici 2029[3], les cotisations sociales sont en hausse, l’assurance maladie ne rembourse plus certaines prestations… La réforme du marché du travail initiée dans le cadre des lois Hartz appliquées entre 2003 et 2005 ont également fragilisé le statut du travailleur allemand, l’indemnisation chômage est passée de 32 à 12 mois, les chômeurs de longue durée dépendent de l’aide sociale.  Parallèlement, ces mêmes lois ont contribué à augmenter le nombre de travailleurs en situation précaire ou « working poors » disposant de moins de 940 euros par mois qui représentaient, en 2012, 7,7% de la population allemande.  



[1] Made in Germany – Guillaume Duval ed. Seuil Janvier 2013

[3] « L’Agenda 2010 » prévoyait initialement de repousser l’âge de la retraite à 67 ans http://www.huffingtonpost.fr/2014/01/29/allemagne-retraite_n_4685302.html