Crédits : Sipa

Chaque année, le chômage tue 14 000 Français. Soit quatre fois plus que les accidents de la route. Un sujet tabou que tend à briser une importante étude sur la santé des chômeurs. Multiplication des conduites à risque et fragilité psychosociale, autant de facteurs qui expliquent la surmortalité des personnes sans emploi. [Vous trouverez mon décryptage sur le site de Psychologies en cliquant ici.]

Mais que faire une fois ce constat dressé ? Si les politiques de lutte contre le chômage sont nombreuses, peu de réflexions portent sur la santé des chômeurs. Endiguer le chômage est un objectif à long terme, mais que faire aujourd'hui pour assurer une vie décente aux 3,55 millions de personnes à la recherche d'un emploi et surtout protéger leur santé ?

Voici quelques pistes émises par Michel Debout, psychiatre et membre de l’Observatoire national du suicide dans son ouvrage Le Traumatisme du chômage :

1ère préconisation : C’est aujourd’hui cette idée que Michel Debout défend : « constituer une médecine préventive des chômeurs afin d’évaluer pour chacun d’entre eux l’état de santé au moment de la perte de l’emploi et l’importance du choc traumatique subi. » Ainsi chaque nouveau chômeur devrait pouvoir bénéficier d’une consultation médicale post-licenciement dans les deux à trois mois après la perte de son emploi : ce rendez-vous permettrait au médecin d’estimer la situation dans laquelle se trouve la personne, les fragilités potentielles… Si des risques apparaissent, un second rendez-vous sera pris dans les six mois pour évaluer la santé de la personne, si les risques sont toujours présents, si les soins prescrits sont suivis… Si aucun trouble n’est perçu la seconde consultation sera fixée après un an de chômage. Le dernier examen de prévention sera tiendra lui deux ans après la perte de l’emploi.

L'intérêt de ce dispositif est d'« Adresser un message à l’ensemble des chômeurs : votre santé, c’est-à-dire votre bien-être, nous intéresse et intéresse la société » de plus un nouveau lien entre le chômeur et la société est créé en réponse à l’état de stress post-traumatique induit par la perte de son emploi.

 2ème préconisation : Michel Debout souhaite également « La reconnaissance du préjudice d’anxiété » pour les chômeurs connaissant des troubles psychologiques suite à leur licenciement. Le préjudice d’anxiété est reconnu depuis 2013 par la Cour de cassation pour les travailleurs de l’amiante qui souffrent de pathologies liées à l’anxiété compte tenu de leur état de santé appelé à se dégrader. Pour l’auteur « une telle reconnaissance permettrait de reconnaître le chômage en tant qu’épreuve humaine qui doit mobiliser la société. ».

 3ème préconisation : Mise en place d’un nouveau contrat avec la société : durant les périodes d’inactivité contrainte, il offrirait la possibilité de participer à des travaux d’utilité sociale (amélioration du modèle anglo-saxon)

 4ème préconisation : Création d’un fichier national des endettés, où les personnes les plus fragiles auraient la possibilité de se faire inscrire pour assurer leur propre protection contre « une tentation presque addictive » : avant de se retrouver en situation de surendettement considéré par le Banque de France, de ne plus pouvoir rembourser leurs dettes.

Pour aller plus loin :

Michel Debout - Le Traumatisme du chômage

Editions de l'Atelier - Janvier 2015

ISBN : 978-2-7082-4283-8 ; Prix : 12€

F.L