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Avec certes un peu de retard, voici un ouvrage en parfaite adéquation avec la triste et morbide ambiance d'Halloween! Si l'univers de la littérature est peuplé de créatures fantastiques tels que les golems, revenants, morts-vivants en tout genre, il sera question dans cet article d'une des plus célèbres d'entre-elles. Ce monstre apparaît pour la première fois dans les libraires en 1818 sous la plume de Mary Shelley pour être ensuite popularisé par le cinéma, notamment par le réalisateur James Whale en 1931. Sans plus de détour, voici Frankenstein or the modern Prometheus (Frankenstein ou le Prométhée moderne en version française).

Si j'ai ici choisi de présenter en premier le titre anglais, c'est que j'ai en effet eut le plaisir de lire ce roman de style gothique directement dans la langue de Shakespeare et quelle découverte! Pour un lecteur aguerri, il peut paraître assez ennuyant ou rébarbatif de lire un tel classique dont tout le monde plus ou moins connaît les tenants et aboutissants. Or si la lecture en anglais a été pour moi un premier stimulant, l'écriture originelle est d'ailleurs très accessible même pour les novices de la langue anglaise, quelle ne fut pas ma surprise d'être totalement émerveillé et surpris par une histoire que je ne connaissait finalement pas réellement.  J'ajouterai également un petit argument en plus pour la version anglaise qui non seulement transmet plus finement les éléments d'une poésie typiquement anglaise mais également dans sa version Penguin Classics propose une très bonne introduction de Maurice Hindle.

Tout d'abord le roman propose une profonde mise en abîme de l'histoire du pauvre Victor Frankenstein. Par le biais du style épistolaire, le lecteur suit ainsi le récit d'une exploration polaire menée par un certain Robert Walton qui décrit ses aventures à sa soeur restée en Angleterre. C'est alors que se met en place le coeur de l'histoire, après des jours de navigation sur la mer de glace entourant le pôle Nord, Walton recueille à bord de son navire un homme qui dérivait seul sur un bloc de glace dans un état de faiblesse et de fatigue extrême. Ce n'est que difficilement que ce dernier reprend ses esprits après plusieurs jours de repos et raconte alors son histoire à Walton. Lui, Victor Frankenstein est le créateur d'un mort-vivant, fait de morceaux de cadavres et animé par le biais d'un savoir scientifique obscur qui concentra toute son l'énergie telle une quête pour l'immortalité et un savoir divin. Le monstre n'a pas de nom, il est d'une complexion physique hors-norme mais est tellement hideux que lorsque son créateur le vit pour la première fois, il ne put faire autrement que de s'enfuir, laissant alors la créature dans un état de solitude et d'incompréhension qui devient alors le moteur même de l'existence du monstre. 

C'est sur ce point que le roman est fascinant, si notamment les représentations cinématographiques donnent une vision du monstre comme d'un être stupide et incapable de parler ou de s'exprimer autrement que par des grognements, la narration par le monstre de son histoire s'emboite alors dans celle de Frankenstein elle-même retranscrite par Walton, et donne à voir un être en quête d'une explication quant au sens de sa vie. Plus que cela le monstre, à travers ses lectures personnelles d'ouvrages classiques tels que Les Vies Parallèle de Plutarque où encore Le Paradis Perdu de Milton, pose la question de l'ambivalence de l'homme entre enfer et paradis, capable du pire comme du meilleur, renforçant l'incompréhension de la pauvre créature quant à son propre statut. Un très beau passage détaille la découverte de ses sensations "A strange multiplicity of sensation seized me, and I saw, felt, heard and smelt at the same time" et c'est avec tendresse et pitié qu'on découvre la souffrance endurée, l'espoir, la déception et la colère du monstre confronté à l'incompréhension et au rejet des hommes. Il s'ensuit alors une sorte de folle poursuite où le monstre face au refus de son créateur de lui fabriquer une compagne, se détermine à tuer un par un les proches de ce pauvre Frankenstein , une lutte à mort s'engageant alors entre les deux protagonistes et les entrainant... jusqu'au pôle Nord. 

L'écriture est pleine de poésie, d'une beauté constituée de tristesse et de mélancolie à la lecture des malheurs du monstre mais également de ceux de son créateur qui apparaissent liés jusqu'à l'absurde. Entre égoïsme et remords de Frankenstein, candeur et colère du monstre, étonnement et émerveillement de Walton face à cette histoire, les intrigues et rebondissements contenus dans cet ouvrage n'en finissent pas de surprendre un lecteur qui se demande jusqu'où la folie de toute cette entreprise va t-elle aller. Mary Shelley n'a qu'une vingtaine d'année lorsqu'elle écrit ce roman dont l'idée originale lui vient d'un concours organisé par son mari et célèbre poète Percy Shelley ainsi que du non moins fameux Byron, au cours d'une villégiature au bord du lac Léman. Pourtant à la lecture, cet ouvrage est ambiguë il n'est ni un ouvrage de jeunesse, ni d'une plume vieillissante tant les styles et modes de narration se croisent et se succèdent. Cette histoire contient un élément inconnu et subtile qui assure non seulement une lecture agréable mais également une renomée à Frankenstein encore vraie aujourd'hui. On est alors en droit de penser que peut-être... est-ce tout simplement... du génie?

" If our impulses were confined to hunger, thirst, and desire, we might be nearly free; but now we are moved by every wind that blows and a chance word or scene that that word may convey to us.

We rest ; a dream has power to poison sleep.

We rise; one wand'ring thought pollutes the day.

We feel, conceive, or reason; laugh or weep,

Embrace fond woe, or cast our cares away;

It is the same : for be it joy or sorrow,

The path of its departure still is free.

Man's yesterday may ne'er be like his morrow;

Nought may endure but mutability".


Frankenstein or the modern Prometheus - Mary Shelley

En Anglais aux éditions Penguin Classics (disponible gratuitement sur GoogleBooks) http://books.google.fr/books/about/Frankenstein_Or_The_Modern_Prometheus.html?hl=fr&id=GXHQPl1NTk0C

J'ai souhaité également conserver la couverture originale de l'édition Penguin qui est malgré la mauvaise reproduction que j'ai proposé ci dessus, un vrai petit chef d'oeuvre à voir ici plus clairement An Experiment on a Bird in the Air Pump par Joseph Wright